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Delphine Kreuter

Le Journal des Arts - n° 143 - 22 février 2002

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À l’occasion de son exposition personnelle à la galerie Alain Gutharc, à Paris, Delphine Kreuter a répondu à nos questions.

Vous présentez dans cette exposition essentiellement des photographies. Comment sont-elles réalisées ?
Ces tirages sont en fait extraits de vidéos. Jusqu’à présent, je prenais des photographies un peu partout, dès que j’en éprouvais le besoin. J’opère différemment maintenant, car, en partant de la vidéo, j’ai un choix beaucoup plus large qui correspond à 24 images par seconde. L’image que je retiens est donc forcément plus conforme à ce que je désire. Parmi ces vidéos, certaines sont le fruit d’un scénario, d’autres demeurent plus spontanées.

Qu’est-ce qui préside au choix de montrer tel ou tel cliché ?
J’essaye d’établir un dialogue entre toutes ces images. Malgré le fait qu’il n’y ait pas de narration proprement dite, le spectateur est amené à faire ses propres connections, à imaginer un récit. Chaque photographie est comme un mot avec lequel je construis une phrase différente à chaque nouvelle exposition.

Lors de votre précédente exposition à la galerie Gutharc, en 1999, cette volonté de construire un récit n’était-elle pas moins présente ?
Oui, car depuis que je réalise ces tirages à partir de la vidéo, j’ai introduit le verbe dans mon travail. Un nouveau lien s’est tissé. Il y a du mouvement et une plus grande fluidité dans l’ensemble. Même si le corps apparaît de façon morcelée ou fragmentaire, on est capable de le recomposer et de le voir agir, se déplacer. Raconter des histoires est d’ailleurs quelque chose vers quoi je tends de plus en plus, de la même manière que le livre est un objet très important pour moi.
Bien que faisant partie d’un tout, vos photographies ont néanmoins une existence autonome.
Si chacune de mes photographies possède assez de force pour pouvoir être vue séparément, c’est tant mieux et cela signifie que j’ai réussi ce que je souhaitais faire. Le dialogue entre les œuvres ne doit pas affaiblir l’ensemble, bien au contraire.

Une ambiguïté apparaît parfois dans votre travail au point que l’on ne sait plus s’il s’agit de scènes prises sur le vif ou issues de la publicité par exemple. Pouvez-vous nous en parler ?
J’aime beaucoup jouer sur cette ambiguïté, de même que j’adore prendre des images où sont déjà présentes d’autres qui ne sont pas de moi, comme par exemple, un intérieur d’appartement décoré avec des tableaux ou des photographies. Ce flottement entre les différents statuts possibles de l’image me plaît particulièrement. Le rôle de la couleur est aussi très important, je peux la saturer pour obtenir des effets intéressants.

Fulchéri Fabienne

Galerie Alain Gutharc, 47 rue de Lappe, 75011 Paris, tél. 01 47 00 32 10, jusqu’au 23 mars.

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