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Entretien

Jean-Pierre Raymond, président de la société des crieurs de Drouot

Le Journal des Arts - n° 274 - 1 février 2008

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À quand remonte l’origine de votre profession et quel est son rôle ?
Les crieurs sont liés depuis toujours aux ventes aux enchères. Au XIXe siècle, ils étaient appelés des aboyeurs. Notre rôle est d’animer les ventes publiques un peu comme des électrons libres, en secondant le commissaire-priseur. Nous prenons les enchères, le nom et l’adresse des acheteurs, et faisons le lien entre le commissaire-priseur, un peu statique derrière sa tribune, et le public avec lequel on chahute régulièrement. Nous marchons en équipe et un bon duo commissaire-priseur/crieur peut faire en sorte que la vente marche mieux. Nos salaires varient en fonction du succès des ventes. Par ailleurs, nous prenons des ordres d’achats, principalement de la part des professionnels. Nous réceptionnons les objets en salle et intervenons dans la mise en salle.

Y a-t-il des crieurs partout en France ?
Non, notre profession est typiquement liée à l’hôtel des ventes parisien. En province, les ventes aux enchères sont plus feutrées. Les gens se connaissent tous. Les enchères vont moins vite et l’ambiance n’est pas la même. À Paris, on vend en moyenne un lot toutes les quarante secondes. Nous avons à faire à une clientèle de passage, en plus des 60 % de professionnels qui achètent tous les jours à Drouot. Nous sommes en contact permanent avec les antiquaires, marchands et brocanteurs, lesquels s’adressent davantage à nous qu’au commissaire-priseur de la vente. Hors de Drouot, les maisons Artcurial et Tajan ont conservé la tradition du crieur en vente aux enchères. Les maisons anglo-saxonnes installées dans la capitale n’emploient pas de crieurs. Elles ne travaillent pas de la même façon. Les clients sont enregistrés à l’avance et l’atmosphère des ventes est beaucoup plus froide.

Combien êtes-vous et comment devient-on crieur ?
Nous sommes une quinzaine de crieurs à Drouot qui travaillons chacun pour plusieurs sociétés de ventes parisiennes. Drouot est un petit monde très fermé où tout le monde se connaît. On devient la plupart du temps crieur de père en fils. Lorsqu’un crieur s’en va, il est souvent remplacé par quelqu’un du cercle familial.

Quel est votre parcours ?
Mon père et mon grand-père étaient « col rouge » [commissionnaires]. J’ai préféré être crieur, un travail moins fatigant. J’aime mon métier que j’exerce depuis 30 ans. Nous avons la chance de pouvoir côtoyer et surtout toucher des œuvres d’art. C’est un petit musée qui passe entre nos mains quotidiennement. L’aspect relationnel de mon métier, soit le contact permanent avec les professionnels (du petit marchand ou pucier aux plus grands antiquaires), m’est aussi très agréable.

Quels changements notables avez-vous pu observer ces dernières années sur le marché de l’art parisien ?
Les mêmes changements que ceux de la société actuelle, c’est-à-dire que tout va beaucoup plus vite en termes d’image et de communication. Lorsqu’un meuble est annoncé pour être vendu, dans la seconde qui suit, l’information est diffusée sur Internet.

Selon vous, quel avenir serait souhaitable pour Drouot ?
Je suis un fervent défenseur de Drouot tel qu’il existe aujourd’hui. C’est un lieu unique de seize salles dispersant 5 000 lots d’objets par jour et un endroit extraordinaire, plein de magie, connu dans le monde entier. On vient y faire des découvertes. Tous les jours, il se passe quelque chose. Mais je pense qu’il serait judicieux d’organiser un système de sessions de trois semaines de ventes de prestige, deux fois l’an (au printemps et en automne), comme cela se faisait il y a une trentaine d’années au Palais Galliera. Cela permettrait de distinguer la marchandise courante des pièces de prestige et d’attirer plus facilement une clientèle étrangère de passage à Paris. Cela passerait par une transformation de Drouot et par la recherche d’un autre lieu de vente pour les fonds de succession et le mobilier courant.

D’après vous, quels sont les meilleurs marteaux de Drouot ?
Pour moi, les plus grands ont été Guy Loudmer et Jacques Tajan. Je trouve que Henri Gros, mon premier patron, est un bon vendeur. Il y a aussi Didier Lafarge (SVV Massol) pour son jeu théâtral et Pierre-Yves Lefèvre pour la sobriété de son style, parmi tant d’autres qui ont chacun leur « charme »...

Malvoisin Armelle

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