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Versailles Nouvelle frontière

Versailles grillé

Le château de Versailles a inauguré sa grille royale restituée, maillon de son nouveau dispositif d’accueil.

Le Journal des Arts - n° 285 - 4 juillet 2008

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Le château de Versailles poursuit sa politique du tout-payant. Après le domaine de Marie-Antoinette, c’est désormais la Cour royale qui n’est plus en accès libre. Objectif annoncé de cette nouvelle barrière fnancière : mieux gérer les fux de visiteurs. La restitution de la grille royale, détruite sous la Révolution française, est par ailleurs contestée par les historiens de l’art.

VERSAILLES - Fallait-il restituer la grille royale de Versailles, détruite sous la Révolution ? Assurément non. La Charte de Venise, référence doctrinaire sur le patrimoine rédigée en 1964, l’explicite clairement : « La restauration s’arrête là où commence l’hypothèse. » En d’autres termes, restaurer le patrimoine ne signifie pas revenir à des états antérieurs mal connus mais protéger l’apport des différentes époques. Les audaces néomédiévales du XIXe siècle ont ainsi subi les foudres des historiens de l’architecture du siècle suivant. Or aujourd’hui, il faut croire que Viollet-le-Duc et Duban ont à nouveau les faveurs de l’École de Chaillot – qui forme les architectes en chef des Monuments historiques (ACMH) –, tant cette tendance à la recréation fait un retour en force. Les responsables du château de Versailles semblent d’ailleurs assumer ce parti pris puisque le vocable utilisé est celui de « restitution ».
Cette décision fait pourtant problème. D’un point de vue déontologique, son effet est déplorable. Comment exiger, désormais, des propriétaires privés le respect de principes que les gardiens du temple ne s’appliquent pas à eux-mêmes ? En cette période de disette pour les monuments historiques, recréer à partir d’une documentation lacunaire une grille royale détruite après 1789, pour la somme de 10 millions d’euros (dont 3,5 provenant du mécénat du groupe Monnoyeur), a par ailleurs quelque chose de troublant. À titre de comparaison, la restauration de la galerie des Glaces, autrement plus importante, n’a coûté « que » 12 millions d’euros. Choquante est aussi cette nouvelle barrière physique qui ne permet plus au visiteur d’admirer librement l’une des plus belles façades du château, celles de la cour de Marbre – le « château vieux » de Louis XIII, partie relativement préservée par les truelles de Louis Le Vau et Jules Hardouin-Mansart. Aujourd’hui, le coup d’œil gratuit est relégué à plusieurs dizaines de mètres derrière une grille néo-XVIIe flambant neuve. Curieux retour d’un symbole prérévolutionnaire ; phénomène de nouvelle privatisation du patrimoine – à des fins économiques –, contre laquelle s’étaient pourtant battus les inventeurs de la notion de patrimoine.

Symbole désastreux
Alors certes, les défenseurs du projet, outre des prétextes historiques irrecevables, arguent de la nécessité d’améliorer l’accueil du public. C’est une évidence : Versailles recevait très mal ses 3,5 millions d’hôtes, condamnés aux files d’attente interminables sous la pluie, privés de sanitaires, de consignes et de lieux de restauration en nombre suffisant. Le projet du « Grand Versailles », lancé en 2003 par Christine Albanel et Jean-Jacques Aillagon – les deux ont depuis interverti leurs rôles respectifs de président de l’Établissement public de Versailles et de ministre de la Culture – prend le problème à bras-le-corps (lire le JdA no 272, 4 janvier 2008). 500 millions d’euros sont progressivement débloqués sur dix-sept ans pour mettre l’offre à niveau, restaurer le château, mais aussi, et surtout, mettre aux normes les installations techniques (pour un coût s’élevant à 41 millions d’euros). Impérieuse nécessité pour éviter de voir un jour le château périr dans les flammes, comme ce fut le cas à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) en 2003. Mais ces travaux lourds et ingrats sont peu vendeurs. D’où le symbole  de la grille, inaugurée royalement le 30 juin. Officiellement, elle permet de faire de la Cour royale un « vestibule à ciel ouvert » permettant de canaliser les flux de visiteurs vers les pavillons Dufour et Gabriel, qui deviendront, en 2010, les deux entrées principales du château. Mais n’y avait-il pas moyen de trouver une autre solution ?

Flouquet Sophie

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