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Chéret, Dufy, Mossa sortent de leur réserve

L'Oeil - n° 584 - Octobre 2006

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Le musée des Beaux-Arts de Nice sort de ses réserves de fragiles joyaux de sa collection d’art graphique, afin de rendre hommage à trois grands donateurs qui ont façonné l’identité du lieu : le baron Vitta, mécène de Jules Chéret, la famille Mossa, qui compta parmi ses membres les premiers conservateurs du musée, et Émilienne Dufy, épouse de Raoul Dufy.
Jules Chéret (1836-1932), c’est la joie, le soleil artificiel de la vie nocturne mondaine ou populaire. L’artiste, dont le musée porte le nom, donne ses lettres de noblesse à l’art de l’affiche avec sa fameuse « chérette », jeune femme joyeuse et dansante. Ses images immortalisent les hauts lieux du divertissement moderne (Folies Bergères). Celui que Manet surnommait le « Watteau des rues » est aussi l’auteur de pastels et dessins dynamiques, proches du graphisme de Toulouse-Lautrec et de Steinlen.
Gustav-Adolf Mossa (1883-1971), c’est le « soleil noir de la mélancolie ». L’univers de l’artiste niçois, conservateur du musée de 1926 à 1971, est hanté par le mythe de la Femme Fatale qui traverse l’art symboliste de Gustave Moreau à Jan Toorop. Les « Vénus de Père-Lachaise » des romans de Jean Lorrain s’incarnent dans ses aquarelles en Harpies, Parques et Salomés (Salomé aux mains coupées). On retrouve l’alliance entre la chair, la mort et le diable, sous un jour moins dramatique, dans ses projets pour le célèbre Carnaval de Nice dont il renouvela l’imagerie folklorique.
Raoul Dufy (1877-1954), c’est le soleil méditerranéen à travers l’art de la couleur-lumière qu’il n’eut de cesse de perfectionner. Proche des avant-gardes fauvistes puis cubistes, il s’en éloigne dans les années 1910 pour développer un style inclassable qui dissocie la couleur et le trait. Associé à Paul Poiret à Paris, il dessine des décorations de tissus dont on peut voir à Nice les projets. Mais son second lieu de travail est le Sud : l’artiste havrais, ébloui par la lumière de la Côte d’Azur, à l’instar de Matisse, niçois d’adoption, recrée une transparence féérique dans ses paysages.
Voyage à travers la Belle Époque, l’exposition fait découvrir l’œuvre peu exposée d’artistes qui offrent une vision inattendue de la modernité.

Jarbaoui Leila

Musée des Beaux-Arts Jules Chéret, 33, avenue des Baumettes, Nice (06), tél. 04 92 15 28 28, jusqu’au 29 octobre.

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