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Pompeo Batoni, peintre des princes

L'Oeil - n° 601 - Avril 2008

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Ici, c’est un colonel écossais revêtu d’un kilt éclatant qui prend la pose dans une attitude martiale et triomphante, sur fond de Colisée et de marbres romains. Ailleurs, des gentilshommes échangent des propos intimes dans un salon peuplé de colonnes et d’antiques… Point de doute ! En ce xviiie siècle épris d’exotisme et de culture, tout lord anglais effectuant le « Grand Tour » se devait de confier au pinceau agile de Pompeo Batoni le soin d’immortaliser son érudite escapade. Et le résultat était, la plupart du temps, époustouflant de virtuosité et d’élégance.
Ce peintre originaire de Lucques, en Toscane (Italie), ne se posait-il pas comme le digne héritier des Michel-Ange, Raphaël ou Carrache dont il entendait perpétuer le style noble et classique ? Né en 1708 dans une famille d’artistes (son père l’initie à son métier d’orfèvre), le jeune homme « monte » à Rome vingt ans plus tard pour étudier la peinture et la sculpture des grands maîtres : ses premières œuvres sont principalement des copies de ses prestigieux aînés.
Mais, très vite, les commandes affluent ! Pompeo Batoni signe de vastes compositions pour les églises, et brosse de lyriques scènes mythologiques pour ses premiers clients privés. Le peintre devient alors la coqueluche de cette aristocratie anglaise trop heureuse de se mettre en scène dans ses précieux atours. D’une maestria évoquant l’art d’un Van Dyck ou, plus tard, d’un Reynolds, les portraits de Batoni font mouche et relèvent presque de l’introspection psychologique. Toute la bonne société londonienne défile ainsi devant son chevalet : érudite, compassée, frivole, parfois même touchante, comme le montre cette toute petite fille caressant son chien, ou cette jeune lady immortalisée pendant sa lune de miel dans son beau costume de voyage…
Le xixe siècle devait se montrer pourtant bien cruel à l’égard de celui qui fut le grand ami de Winckelmann. Trois cents ans après la naissance de l’artiste, l’exposition de la National Gallery entend bien conjurer cet injuste purgatoire, grâce à une sélection de soixante œuvres, dont la plupart sont issues de collections privées. L’occasion de vérifier que Pompeo Batoni n’était pas un vulgaire « pompier ».

Geoffroy-Schneiter Bérénice

« Pompeo Batoni (1708-1787) », The National Gallery, aile Sainsbury, Londres (Grande-Bretagne), www.nationalgallery.org.uk, jusqu’au 18 mai 2008.

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