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À Beaubourg, une sacrée expo

L'Oeil - n° 603 - Juin 2008

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On pouvait craindre en égrainant les vingt-quatre sections de l’exposition que la visite tienne du sacerdoce. Mais heureusement toutes ces inquiétudes sont vite balayées.

Polysémiques, hétérogènes et riches en rebondissements, ces « Traces du sacré » sont effrontément généreuses et jouissives. Dès la file d’attente, le parti pris de l’exposition de révéler la part intime, individuelle et introspective du sacré est judicieusement accompagné par l’horloge parlante de Christian Boltanski. Une horloge interne, patiente et raisonnée qui guide les pas vers les premières interrogations existentielles. Entre décompte final et pied-de-nez, toute l’exposition oscille entre gravité réfléchie et folle impertinence, sans être pessimiste, ni tout à fait illuminée.

Morceaux de bravoures, chefs-d’œuvre et découvertes
Le parcours fluide, ce qui ne l’empêche pas d’être très structuré, est spacieux et étonnamment varié à la différence du « saucissonnage » de l’exposition « Los Angeles » en 2006. Jouant de chromatismes bien maîtrisés, la scénographie valorise les thémes.
Dès l’entrée, le ton est donné : sensible, analogique, rigoureux. L’accrochage n’hésite pas à travailler les échos formels, un Lucio Fontana ovoïde délicatement pailleté et grêlé de trous, et les reflets fascinants du triptyque de Damian Hirst composé de milliers de mouches. Emporté par le rire hystérique de Gino De Dominicis et sous l’égide du portrait de Nietzsche par Munch, le parcours alterne morceaux de bravoure et passages de recueillement, chefs-d’œuvre et découvertes. Les prêts obtenus, du retable familial d’Ekseli Gakken-Kallela au Cheval dans le paysage de Franz Marc (1910), sont exceptionnels et sont légion. Les salles s’enchaînent, du projet utopique de la chaîne de verre de Wenzel Hablik préfigurant le Bauhaus, aux danses de Mary Wigman inspirées des rituels tribaux indiens, de la très belle vidéo de David Oulab aux déchaînements optiques de la salle psychédélique.
D’une petite salle proche du naos recelant un oiseau de Brâncusi aux noirceurs des sections apocalyptiques, forcément grandioses, la visite devient jubilatoire. « Traces du sacré » développe ses hypothèses avec aisance et générosité, les commissaires ayant payé de leur personne en enregistrant eux-mêmes les audioguides. Un souci de la perfection qui n’empêche nullement de trouver, dans cette mine d’or, sa propre formule alchimique du sacré.

Ramade Bénédicte

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