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Saura résident

L'Oeil - n° 604 - Juillet - août 2008

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Comme pour rappeler qu’Antonio Saura disparaissait il y a dix ans, le musée des Abattoirs de Toulouse consacre toute une année au maître Espagnol et lui offre ainsi une nouvelle exposition tous les deux mois.

Comme pour rappeler qu’Antonio Saura disparaissait il y a dix ans, le musée des Abattoirs de Toulouse consacre toute une année au maître Espagnol et lui offre ainsi une nouvelle exposition tous les deux mois. Après avoir honoré les tauromachies et le sens érotique de Saura, le directeur Alain Mousseigne dédie donc son été aux « Transformations et superpositions », organisant le dialogue entre des œuvres sur cartes postales, des portraits et de fameuses superpositions. L’institution toulousaine accompagne également la publication de trois ouvrages : Contre Guernica, recueil de textes de l’artiste, ainsi que Tauromachie et Erotica (éditions 5 Continents).
Le frère du cinéaste Carlos Saura resta marqué à vie par les cinq longues années qu’il passa alité, terrassé par une tuberculose, et par la guerre civile espagnole. Ses peintures portent les stigmates de son inquiétude et sa souffrance, donnant à ses œuvres ces qualités tant expressionnistes qu’oniriques. Souvent, on trouve aussi les qualificatifs de brutalité et violence à l’encontre de son art, tant il est vrai que la touche libre est chargée d’âme. Longtemps, Saura a été qualifié de peintre de l’imaginaire et Breton, dont il fut proche lors d’un premier séjour à Paris dans les années 1950, se plaisait à l’appeler le « peintre des présages ».
La plupart des œuvres exposées furent réalisées dans les années 1970, la gestualité offensive de Saura agressant autant l’identité de ses portraits défragmentés que les bribes de réalité, à l’image de ces cartes postales de vacances additionnées de peinture. « Le plaisir du monstrueux est indubitable, c’est le moteur fondamental de mon travail », aimait dire Saura.
Au visiteur d’apprivoiser cette déferlante picturale dont la vision ne laisse clairement personne indifférent et passif. Et si l’on en vient à penser à Picasso en contemplant ses portraits agressés, à Saura de préciser : « Picasso déforme, détruit à partir d’une connaissance réelle des corps. Moi, je pars des fantasmes structuraux pour concrétiser une série de gestes. »

Ramade Bénédicte

« Antonio Saura, Transformations et superpositions », musée des Abattoirs, 76, rue Charles-de-Fitte, Toulouse (31), www.lesabattoirs.org, du 30 juin au 31 août.

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