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Les Phéniciens

L’heure de la réhabilitation

L'Oeil - n° 598 - Janvier 2008

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Inventeurs de l’alphabet, commerçants habiles et bons artisans, les Phéniciens sont pourtant les oubliés de l’Antiquité. Réparation leur est faite, grâce à l’exposition de l’Institut du monde arabe.

Que n’a-t-on pas écrit sur les Phéniciens ! Maints passages d’Homère stigmatisent ainsi ces « marins rapaces dont les noirs vaisseaux emportent mille camelotes », dénoncent leurs basses « activités de colporteurs », et vont même jusqu’à les qualifier de « brigands », voire de « pirates » ! Or ces clichés féroces « auront la vie dure » (pour reprendre l’expression de l’historien Pierre Rouillard), et entacheront pendant de longs siècles à venir l’ensemble des études phéniciennes.

À l’ombre des antiquités grecques et égyptiennes
Égyptologues et hellénistes ont ainsi longtemps partagé le même regard condescendant sur l’art phénicien, déplorant le caractère éclectique et sous influence de leur production. Il faudra attendre la mémorable exposition orchestrée en 1988 par Sabatino Moscati au Palazzo Grassi de Venise pour que justice soit enfin rendue à cette civilisation originale d’habiles artisans et de commerçants avisés qui allaient redessiner, pendant tout le premier millénaire avant notre ère, la carte des échanges au cœur de la Méditerranée...
C’est ce que montre précisément avec beaucoup de cohérence et de justesse l’exposition qui se tient à l’Institut du monde arabe, à Paris. Loin de limiter leur démonstration à un florilège de chefs-d’œuvre (aussi raffinés soient-ils !), Elisabeth Fontan et Hélène Le Meaux, ses deux commissaires, ont préféré confronter des séries d’objets découverts sur tout le pourtour méditerranéen (statuettes de terre cuite, coupes de métal, brûle-parfums de bronze, sarcophages anthropoïdes...) afin de redessiner les contours de cette « identité phénicienne ».
Le résultat n’en est que plus probant. S’ils ont indéniablement emprunté certains traits de leur répertoire religieux et iconographique aux proches empires égyptiens et assyriens, les artistes phéniciens ont su transcender ces influences et porter à la perfection un artisanat de luxe prisé par leurs propres rivaux ! Loin, bien loin des « camelotes » méprisées par Homère, ivoires précieux, masques prophylactiques et statues qu’on croirait échappées de l’atelier de Giacometti devraient envoûter le visiteur par leur indéniable « présence » magico-religieuse...

Geoffroy-Schneiter Bérénice

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