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De l’inconvénient d’être né sous le signe de la polyvalence

L'Oeil - n° 598 - Janvier 2008

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Peintre de l’aristocratie, peintre de genre, peintre d’histoire, Fabre fut tout cela sans l’être exclusivement. Décryptage d’une œuvre qui ne souffre aucune étiquette pour les avoir épousées toutes...

Les cimaises de l’exposition montpelliéraine, en explorant la création multiforme de son prestigieux conci­toyen, rendent hommage à une œuvre méjugée, longtemps conservée confidentiellement dans les réserves des musées. Le propos ambitieux, nourri de deux cents toiles et dessins, fait ainsi surgir un artiste complexe auquel la France se refusa et qui, à défaut, s’employa à séduire l’Italie. Aussi, faute de n’avoir pu défendre à Paris un répertoire aux singulières compositions, Fabre sut-il jouer en Italie de l’art du contretemps, quitte à s’accommoder avec maestria des dissonances. L’art d’être là où on ne l’attendait pas, ou plus. Un second rôle ? Bien plus, une vie d’artiste qui superposa les enjeux biographiques et esthétiques même si, « chez Fabre, le héros de roman a fait tort à l’artiste »...

De la succession des pouvoirs
En cette fin de XVIIIe siècle, la redistribution heurtée des rôles, en France comme en Europe, nécessite une souplesse apte à transiger avec l’ordre nouveau. Puisque la plume et le pinceau peuvent devenir des couteaux aiguisés, l’artiste doit se transformer en tacticien averti et adroit. Et son œuvre de confiner avec la géopolitique. On sait avec quelle science David digéra les régimes, tel un caméléon s’improvisant contempteur ou zélateur afin de rallier les grandes causes d’une époque dont il sut relater les événements édifiants.
Pour sa part, Fabre ne souscrivit jamais, à compter de la Révolution, au pouvoir de son temps. Issu d’un milieu traditionaliste et dévot, ses préférences monarchiques transforment bientôt son séjour italien en exil inconfortable. Tandis que la France lui reproche ses opinions latentes, Rome lui demande des comptes quant à une révolution hexagonale offensive et offensante à l’égard de l’Église.
Simple émigré, Fabre se sent rapidement apatride. Et si c’est depuis Florence qu’il refuse la sollicitation de Louis XVIII pour décorer Versailles, Montpellier incarne la Terre sainte où il défiera l’Histoire (de l’art) en édifiant enfin un potentat, quitte à négliger sa peinture...

Le syncrétisme des genres
Quantité n’est pas antinomique de qualité. Si les portraits constituent les deux tiers de la production de Fabre, certains sont présidés par une originalité substantielle, comme en témoignent ceux du poète Alfieri (1793) ou de la comtesse d’Albany (1796). Le dynamisme de la pose le dispute souvent à l’expressivité des traits qui, desservis par une gamme chromatique audacieuse, assoient avec autorité une présence quasi photographique.
Le splendide Portrait d’un jeune homme, vers 1795, révèle l’ambivalence d’un Fabre fasciné aussi bien par la simplification hardie que par une méticulosité maniaque aux accents archéologiques dès lors qu’il s’agit de restituer un paysage florentin.
Cette dichotomie entre une précision érudite et une énergie syncrétique, puisant aussi bien chez les Hollandais que chez Poussin, permet de prendre la mesure de la puissance irréductible, quoique déconcertante, de l’œuvre de Fabre qui, depuis La Mort d’Abel (1790) jusqu’au Paysage au four à fusain (1811) en passant par La Vision de Saül (1803), excéda les « genres » en les confrontant tous.

Peintre ou collectionneur
« Fabre eût été plus grand peintre s’il fut revenu à Paris » : la sentence de David achoppe assurément dès lors que l’on considère son entreprise de collectionneur qui, indissociable de son séjour italien, concurrença sa création.
Peintre ou collectionneur ? L’histoire de l’art a longtemps privilégié le second terme, comme si la cohabitation des deux activités nécessita que l’on tranchât un dilemme. Or, à l’inverse de Jacques Stella (lire L’œil n° 586) dont l’inventaire des biens permit d’exhumer une éminente collection pieusement conservée, Fabre peina à faire valoir, sous la pluralité des trésors légués à sa ville, la singularité de son nom d’artiste. Au terme de l’exposition, le constat est éloquent : Fabre fut peintre et collectionneur. Sans hiatus. Par passion autant que par encyclopédisme.
De la sorte, il est à parier qu’en donnant récemment au musée Fabre certains de ses monochromes noirs parmi les plus remarquables et les plus célèbres, Pierre Soulages pensa à un geste inaugural effectué il y a maintenant 182 ans...

Lemoine Colin

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Rétrospective François-Xavier Fabre (1766-1837), peintre et collectionneur », jusqu’au 24 février 2008. Commissariat : Michel Hilaire et Laure Pellicer. Musée Fabre, 39, boulevard Bonne-Nouvelle, Montpellier (34). Ouvert tous les jours sauf le lundi et le 1er mai. Les mardis, jeudis, vendredis et dimanches de 10 h à 18 h, les mercredis de 13 h à 21 h et les samedis de 11 h à 18 h. Tarifs : 7 € et 5 €, tél. 04 67 14 83 00.

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