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La vie d’une reine sous tous ses angles

L'Oeil - n° 601 - Avril 2008

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Point focal de tout un pays, Marie-Antoinette suscita une véri- table traque iconographique dont la bienveillance le dispute à la calomnie. Histoire d’une médiatisation d’avant la photographie.

Mitraillée par les caricatures, célébrée par les portraits triomphaux, vilipendée par les clichés : Marie-Antoinette est indissociable de son image. Dans le xviiie siècle riche en gazes, en étoffes, en poudres et en perruques, l’apparence et l’apparat règnent en maître. La préciosité des atours, la parure d’une gorge et la richesse des brocards sont autant d’artifices destinés à effacer, sous le poids de la toilette, la légèreté d’une vie.

La reine et son double : le pouvoir de la ressemblance
Des réjouissances fastueuses aux drames funestes, de l’Autriche au Temple, aucun portrait – charge ou solennel – ne saurait prétendre à l’anodin. Aussi, quand la toile de Joseph Ducreux (1769, voir p. 80) montre encore une enfant sereine et ap-prêtée avant son départ pour la France, le portrait officiel d’Élisabeth Vigée-Lebrun (1778) assoit le premier l’autorité protocolaire d’une jeune reine ravie que l’on « attrapât enfin sa ressemblance ».
Saturée de symboles et d’une précision quasi photographique, cette peinture aux accents immémoriaux devait remplir son office de double du réel : suffisamment authentique pour être vraie, elle gagnait l’Autriche pour pallier auprès d’une mère l’absence d’une fille chérie qui, du même âge que son royal modèle, s’attirait en retour la confiance inestimable de ce dernier comme en témoignent le célèbre portrait « à la rose » (1783) et celui de la reine avec ses enfants (1789, voir p. 82). Marie-Antoinette avait trouvé celle qui saurait la dévisager…

La destruction d’une icône, de l’histoire à l’Histoire
La noblesse marmoréenne du portrait de Boizot (1781) l’atteste sans ambages : la reine de France s’employait à devenir une icône. Désenchanté, le peuple s’employa à la détruire. Ainsi la profusion de portraits blasphématoires à l’endroit de celle qui pouvait réclamer un statut divin ; ainsi ces caricatures humiliant une femme devenue la proie de son auguste sort macabre ; ainsi ce portrait attribué
à David (1793) figurant une reine fatiguée, déchue et conduite au supplice.
Dès lors, Marie-Antoinette incarna sans commune mesure le combat acharné entre une iconolâtrie régalienne et un iconoclasme populaire. Tombés, les masques devaient révéler une femme meurtrie et bientôt morte. Le fantasme du dévoilement révolutionnaire était à ce prix : mettre à mal une image qui entraînait à jamais dans sa chute son objet…

Lemoine Colin

Autour de l’exposition

Informations pratiques. « Marie-Antoinette », jusqu’au 30 juin 2008. Grand Palais, 3, avenue du Général Eisenhower, Paris VIIIe. Commissariat : Pierre Arizzoli-Clémentel, Xavier Salmon. Métro Champs-Elysées. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 h à 22 h, jusqu’à 20 h le jeudi. Tarifs : 8 et 10 euros. www.rmn.fr/Marie-Antoinette Le Hameau de la reine. Afin de s’éloigner de la cour et renouer avec les plaisirs de la campagne, Marie-Antoinette fait construire son propre village à quelques pas de Versailles : le Hameau de la reine. Richard Mique prend en charge, entre 1783 et 1785, la construction de ce hameau de douze chaumières de style normand, entourées de jardins potagers disposés autour du grand Lac. Le circuit « domaine de la reine » comprend la visite du Hameau de 12 h à 18 h, www.chateauversailles.fr

Comprendre... l’exposition

Rétablir la vérité sur Marie-Antoinette.
Ainsi que l’affirment ses commissaires Pierre Arizzoli-Clémentel et Xavier Salmon, l’exposition n’entend pas célébrer un quelconque anniversaire. Il s’agit de s’interroger sur le rôle artistique et culturel de Marie-Antoinette que la publicité et le cinéma – le film de Sofia Coppola – ont récemment investi et, pour partie, altéré.

Avec le Petit Trianon, on peut parler d’un « style Marie-Antoinette ».
Conçu sous le règne de Louis XV par l’architecte Gabriel, l’édifice témoigne de la somptuosité voulue par l’Autrichienne, depuis le boudoir et le théâtre illusionnistes jusqu’aux jardins raffinés. Loin des usages en vigueur au Palais, il atteste un « style Marie-Antoinette », empreint d’élégance fantasmatique et de pastoralisme.

Une scénographie ambitieuse...
La scénographie de Robert Carsen incarne et théâtralise le parcours par des effets visuels faisant écho à ceux qui furent plébiscités en leur temps à Vienne et à Versailles. Elle se veut également pédagogique.

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