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Gerhard Richter et la « spontanéité calculée »

L'Oeil - n° 601 - Avril 2008

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Par cette formule pour le moins paradoxale, Gerhard Richter fait allusion à la technique qu’il met en œuvre pour réaliser ses peintures abstraites. La diversité des surfaces que celles-ci présentent a en commun de toujours révéler au regard les moyens employés. Qu’il s’agisse des effets de raclures des couches de couleurs que l’artiste a superposées sur sa toile et dont il révèle les dessous polychromes et les jeux subtils de la lumière. Qu’il s’agisse des effets de flous et de fondus de ces toiles monumentales dont les modèles sont de tout petit format et que le peintre recopie fidèlement à l’aide d’un aérographe. Qu’il s’agisse enfin de creuser du bout retourné de son pinceau dans la matière immaculée pour y graver tout un jeu délié de courbes et laisser transparaître les dessous de la peinture.

Des règles du jeu avec lesquelles il compose
Chez Gerhard Richter, rien n’est jamais laissé au hasard. Le geste est toujours maîtrisé, les effets de couleurs sont toujours prévenus, même les accidents sont toujours volontaires. C’est que sa peinture est fondamentalement conceptuelle, mais qu’il s’agit surtout de ne pas le laisser paraître ; aussi tout y dépend d’un lot de règles du jeu avec lesquelles l’artiste compose en toute liberté par rapport au sujet et au style. Une fois encore, avec les Peintures abstraites comme avec n’importe quelles autres, la seule réalité de l’œuvre est celle que lui confère sa représentation. Pour ce faire, le peintre n’obéit qu’à un seul mot d’ordre : « construire des tableaux selon des normes ».

Piguet Philippe

Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble qui prévoit une exposition Richter en 2009

Questions à...

Tableaux politiques, portraits, paysages, peintures abstraites... quel est donc le fil conducteur de la démarche de Gerhard Richter ?
La peinture. Sous son apparente diversité, ce qui sous-tend tout ce travail, c’est une réflexion sur les possibilités de la peinture à la fin du xxe siècle et sa capacité à se confronter à la peinture historique, à l’histoire de la peinture.

Une facture tantôt lisse, tantôt expressionniste, tantôt hyper réalisante… Comment définiriez-vous le style de Richter ?
Pour moi, Richter réussit à peindre une théorie sans que ce soit une théorie peinte. Il ne cherche pas à créer un discours. Ce qui fait sa supériorité sur ses contemporains, c’est de parler de la peinture en tant que telle, en en faisant.

En quoi l’œuvre de Gerhard Richter est-elle exemplaire ?
Richter nous enseigne à voir la peinture ce qui est tout à fait différent de regarder la peinture.

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