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Orlan, du réel au virtuel

L'Oeil - n° 601 - Avril 2008

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Il y a comme une forme d’apaisement dans la troisième série amérindienne des Self-Hybridations d’Orlan. Depuis Le Baiser de l’artiste en 1977, jusqu’aux trop médiatiques opérations chirurgicales, en passant par la série baroque des Sainte Orlan, l’artiste (née en 1947) n’avait cessé de se mettre en scène dans des performances provocatrices et radicales.
Le tournant date des Self-Hybridations en 1998. Orlan reste toujours l’unique actrice de ses photographies, mais cette fois c’est son image et non plus elle-même qui est hybridée. À l’aide d’un logiciel de morphing, l’artiste, aidée d’un assistant, combine son image recomposée avec des représentations traditionnelles de cultures anciennes. La série amérindienne est la plus sage. Elle puise dans l’imagerie familière des tableaux d’Indiens d’Amérique du Nord tout en introduisant (sacrilège !) de la matière picturale. Pour l’anecdote, les portraits qui servent de trame ont été peints par George Catlin, un artiste américain du xixe siècle.
On peut écouter le discours attendu sur le métissage des cultures, la relativité des canons de la beauté, l’alliance de la peinture et de la photo numérique, le rappel de l’engagement de l’artiste avec la présence bien visible des implants de chaque côté du front, la revendication féministe. Tout cela est vrai et donne de l’épaisseur à l’œuvre.
Pourtant, l’essentiel n’est plus là. Ces photographies numériques en grand format (17 000 euros chacune) sont belles et fortes. Elles séduisent. Elles vont sans doute donner un nouvel élan à une carrière artistique en dents de scie, injustement dénigrée en France, et dont la rétrospective récente au musée de Saint-Étienne avait signalé toute la puissance. « Mon travail n’a pas été fait pour plaire », disait Orlan dans le catalogue de cette exposition. Il se pourrait bien que les Self-Hybridations la contredisent.

Castelain Jean-Christophe

« Orlan, Self-Hybridations, amérindienne », galerie Michel Rein, 42, rue de Turenne, Paris IIIe, www.michelrein.com, du 12 avril au 17 mai.

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