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Art et pétrole Mêmes causes, mêmes effets

L'Oeil - n° 600 - Mars 2008

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L’art va-t-il suivre le même destin que le pétrole ? Alors que la demande ne cesse d’augmenter, on est en train de se rendre compte que les ressources ne sont pas inépuisables.
Reprenons. La sollicitation des œuvres d’art ancien et moderne explose sous l’effet conjugué du phénomène des expositions temporaires et de la création de nouveaux musées. Engagés dans une surenchère, les lieux d’art traditionnels multiplient les événements. Dans le même temps, chaque pays, chaque ville veut se doter d’un musée et donc d’une collection, avec si possible sa « Joconde » qui attire le public. On peut citer Abou Dhabi bien sûr, exceptionnel par son ampleur, mais aussi tous les grands musées d’État américains ou européens.
Mais si prodigues soient-ils, les artistes du passé n’ont pas produit suffisamment pour alimenter la demande, en tout cas pas assez de chefs-d’œuvre. Et comme l’art n’est pas une matière première fongible, l’art contemporain ne se substituant pas à l’art ancien, il faut bien se contenter d’un stock limité.

Cette distorsion fait bien évidemment monter les prix  lorsqu’un tableau de maître est en vente publique, des prix inabordables pour les maigres ressources d’un musée régional. Mais cette tension rend plus difficile aussi les demandes de prêt pour une exposition. De sorte que, à terme, on prévoit que seuls les grands musées, avec leurs vastes collections comme monnaie d’échange, seront en mesure d’organiser des rétrospectives pertinentes. Un tel phénomène de concentration n’est pas bon pour la démocratisation culturelle et risque de mettre à mal le dynamisme des musées régionaux.
Au passage, on relève que la manne que constituent les grandes collections publiques s’est formée au fil d’une histoire millénaire, comme le rappelle Jacques Rigaud dans le rapport qu’il vient de remettre à la ministre. Si la puissance publique, monarchique ou républicaine, en France, n’avait pas érigé en dogme l’inaliénabilité des collections, toutes les œuvres seraient aujourd’hui en mains
privées et il y aurait bien peu de musées et bien peu d’expositions.

Nos lecteurs vont découvrir dans ce numéro exceptionnel que derrière les apparences policées d’une exposition se déroulent dans les coulisses des tractations peu amènes. Cette nouvelle et régulière rubrique n’est que l’un des nombreux changements de ce numéro 600. Poursuivant une évolution engagée depuis deux ans, nous avons voulu apporter plus de reportages, plus de « vivant », pour toujours mieux servir les œuvres. La mise en page, plus sereine, fait la part belle aux illustrations. Ce sera donc notre cadeau d’anniversaire à nos lecteurs pour ce 600e numéro. Nous avons cependant dû tenir compte des réalités économiques et élever le prix de vente au niveau inférieur de nos confrères. C’est à ce prix que L’œil peut assumer son demi-siècle d’héritage et offrir à ses lecteurs un œil grand ouvert sur l’art.

Castelain Jean-Christophe

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