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La douce tyrannie des expos temporaires

L'Oeil - n° 604 - Juillet - août 2008

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Contraintes pour certains conservateurs, opportunités pour d’autres, les expositions temporaires sont un fait météorologique avec lequel les musées ne peuvent que composer.

Notre cinquième palmarès des musées révèle bien l’ampleur du phénomène. Les 370 participants à l’enquête, constituant l’essentiel des musées d’Art qui comptent en France, ont organisé plus de 1140 expositions en 2007, près de 9 % de plus que l’année précédente. Si elles sont d’importance inégale – près de la moitié font l’objet d’un catalogue –, cela fait tout de même une moyenne de trois manifestations par établissement. Des manifestations de plus en plus coûteuses (lire notre enquête d’avril) : les dépenses, en hausse de 38 %, s’élèvent à 53,4 millions d’euros. Une somme importante mais encore bien faible en comparaison avec les coûts de production cinématographique. À lui seul, le film Astérix aux jeux Olympiques a coûté beaucoup plus (78 millions d’euros) que toutes les expositions des musées.

Le public local ne se déplace plus dans les musées que pour les expositions temporaires. L’argument de la nouveauté et de l’éphémère est un ressort psychologique bien connu des publicitaires. Or les expositions n’influent pas seulement sur la fréquentation globale, elles conditionnent les recettes commerciales, facilitent la vente de soirées privées, attirent les mécènes, font parler dans les médias, rappellent le musée au bon souvenir des élus, en un mot elles créent une dynamique qui entraîne toute l’institution. Elles révèlent aussi un changement important dans la fonction muséale. Les musées tendent à être des lieux de loisirs où l’on reste un bon moment pour déjeuner, laisser ses enfants dans un atelier pédagogique, assister à une conférence, écouter un concert. Mais il ne s’agit pas de « disneylandisation » ; l’œuvre d’art, par sa dimension esthétique et par sa capacité à faire réfléchir le regardeur est bien loin des parcs à thèmes. Il y a donc bien là une opportunité formidable pour ces établissements.

Mais comment créer de la nouveauté et de l’éphémère sans nécessairement en passer par une exposition ? Il s’agit d’être inventif. Changer fréquemment l’accrochage des collections permanentes, comme le fait le Centre Pompidou, et le faire savoir largement est une possibilité. Insérer dans l’accrochage permanent quelques prêts prestigieux en est une autre. Un continent entier de solutions s’ouvre avec la médiation, la pédagogie, encore trop élitistes. Une contrainte se transformant souvent en opportunité.

Castelain Jean-Christophe

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