Corneille
L'Oeil - n° 604 - Juillet - août 2008
Encore et toujours Cobra
Elle s’appelle « La Maison du Cèdre ». Dans un agréable parc dominant la vallée de Chauvry, dans le Val-d’Oise, la vieille bâtisse début XXe a été augmentée de toutes sortes d’appendices architecturaux pour en agrandir l’espace de vie. Tout y respire la simplicité et le pur plaisir de la nature. Fier comme Artaban, le cèdre en question dresse son fût haut vers le ciel et déploie généreusement ses branches comme en signe de protection. Il fait bon vivre dans cette maison quand le soleil perce à travers l’abondante végétation, que ses rayons butinent les fleurs et qu’ils viennent jouer de mille reflets sur le dos écaillé des grosses carpes du grand bassin, où elles tournent en rond.
En 1948, il fonde le groupe Reflex
Né à Liège en 1922, de parents néerlandais, Guillaume Corneille van Beverloo, plus connu sous le pseudonyme de Corneille, vit et travaille là depuis quelque dix-sept années. Y est-il venu en voisin de son célèbre compatriote d’Auvers-sur-Oise ? Oui et non. S’il ne cache pas son admiration pour Vincent, notamment pour toutes les peintures de paysages qu’il a faites dans la région, c’est aussi le hasard de l’immobilier qui l’a conduit ici, après avoir vécu une bonne trentaine d’années à Paris et participé auparavant à certaines des aventures picturales de son pays d’origine.
En effet, dès 1948, Corneille compte parmi les artistes fondateurs du groupe expérimental hollandais Reflex, dont le manifeste est rédigé par Constant. Au côté de ce dernier, il est l’un des initiateurs de Cobra, avec Appel, Jorn et Dotremont. C’est dire qu’il en est aujourd’hui le plus ancien membre actif, avec Alechinsky, de cinq ans son cadet. Ce qui faisait Cobra ? « Son côté sauvage, très proche de la création des enfants », dit-il sans hésiter. Un art « spontané » et une « façon de travailler » caractérisée par une totale liberté par rapport aux conventions de l’époque et à la tendance abstraite qui regagnait alors du terrain.
Au Sahara, il ouvrait les yeux...
À 86 ans passés et après une vie mouvementée, récemment perturbée par une série de problèmes de santé, Corneille, s’il est très fatigué, se tient malgré tout très droit. Assis en bout de table sur la terrasse de sa maison, il est là en vrai patriarche. Il parle peu, lentement, épaulé par sa femme, Natacha, et son jeune fils, Dimitri, qui sont aux petits soins pour lui. Son regard semble se perdre dans le lointain mais, soudain, le voici qui s’éclaire, et il se lance dans quelques confidences.
Il se rappelle ses nombreux voyages, au Sahara notamment, traversé deux fois en Land Rover : « Je ne travaillais pas, j’ouvrais mes yeux », et dit combien c’était chaque fois « un aliment très fécondant ». Il dit aimer « travailler directement dans la matière », tournant la tête de côté pour montrer les panneaux de céramique aux figures animales et solaires accrochés en façade de la maison.
Enfin, il se souvient avec émotion de son amour pour Hercules Seghers, peintre et graveur hollandais du XVIe siècle : « Ça grouille de vie et c’est très graphique ! », s’exclame-t-il, enthousiaste. Voudrait-on résumer l’art de Corneille qu’il n’y aurait pas meilleure formule !
Piguet Philippe
Biographie
1922
Naissance à Liège (Belgique).
1948
Cofondateur du mouvement Reflex, il est l’un des initiateurs de Cobra.
1949
Premier voyage en Afrique du Nord.
1950
S’installe à Paris.
1953-1957
Participe avec Fontana, Matta et Jorn aux recherches de « céramique expérimentale ».
1977
Publication d’albums photographiques consacrés à ses voyages en Afrique et à sa collection d’art africain.
1982
Naissance de son fils, Dimitri.
1992
Premières sculptures en bois polychrome.
2008
Vit et travaille dans le Val-d’Oise.
- « Corneille, un peintre solaire
à Auvers-sur-Oise », lire p. 88, jusqu’au 31 août 2008.
- « Cobra », Musées royaux des beaux-arts de Belgique, du 7 novembre 2008 au 15 février 2009.