L'Oeil - n° 606 - Octobre 2008
Venise n’a cessé d’exercer au fil des siècles une fascination auprès des peintres et des écrivains. La fondation Beyeler, en Suisse, éclaire d’un jour nouveau le « laboratoire expérimental » que fut, pour de nombreux artistes, la Cité des Doges.
Venise et les écrivains
Dès le XVIIe siècle, l’Italie constitue l’étape obligée du « Grand Tour » que se doit d’effectuer tout intellectuel, tout esthète européen. Aristocrates et jeunes bourgeois complètent ainsi leur éducation en s’initiant à la dolce vita de Florence ou de Rome. Certains voyageurs scrupuleux font même du zèle ! Goethe visite ainsi Pompéi à plusieurs reprises, entre septembre 1786 et juin 1788. Puis entrent en scène les fiévreux romantiques tels les Chateaubriand, Byron, Berlioz, Lamartine, sans oublier ces inconditionnels amoureux de Venise que sont George Sand et Alfred de Musset.
Mais le périple tourne parfois à la mauvaise comédie de boulevard ! Musset abandonne sa maîtresse et « oublie » tout simplement de payer sa note à l’hôtel Danieli. La pauvre George se retrouve non seulement seule, mais sans un sou...
Zola s’ennuie et qualifie Venise de « ville bibelot »
Tous pourtant n’apprécient guère Venise, loin s’en faut ! En 1894, Zola avoue même s’ennuyer dans cette « ville bibelot » qui sait la séduction qu’elle exerce, et se sclérose de peur de voir le touriste s’éloigner. En cette fin du xixe siècle, des établissements luxueux surgissent également des sables du Lido. Une clientèle fortunée y promène son élégance désœuvrée à l’ombre de l’Excelsior ou de l’hôtel des Bains. Thomas Mann et Luchino Visconti ne sont pas très loin...
Si, de nos jours, Venise tente de casser son image de vieille dame nostalgique en multipliant biennales et expositions d’architecture et d’art contemporain, nombreux sont encore les pèlerins à arpenter ses ruelles désertes et ses canaux obscurs dont, au premier chef, Philippe Sollers. « Je la suis en pensée sur les places et dans les ruelles, sur les ponts et au bord de l’eau, le cliché est juste, la cité idéale a été conçue et construite au moins une fois. » (La Fête à Venise, 1991).
À lire sur le sujet le très beau livre Voyages en Italie de Catherine Donzel et Marc Walter aux Éditions du Chêne (2004, 50 euros).
Repères
VIIIe-XVIIIe
La République de Venise marque l’apogée de la Sérénissime, dont le déclin s’amorce au XVIe siècle.
1697
Naissance de Canaletto à Venise.
1797
Invasion de Napoléon Bonaparte. Venise est placée sous l’autorité autrichienne.
1819
Séjour de Turner à Venise.
1866
L’Autriche se retire de Venise.
1883
Séjour de Renoir en Italie. Il y admire les œuvres de Raphaël.
1895
Première édition de la Biennale de Venise.
1908
Voyage de Monet à Venise.
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